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Le programme des journées nationales de Vannes.


« Qu’est-ce qui vous amène au CMPP ? » : à cette question d’apparence anodine, il nous est parfois
répondu : « C’est pas moi, c’est les autres ! »
Alors, comment accueillons-nous cet autre et ces autres, ce qui chez eux nous surprend, nous choque,
nous touche… nous altère ?
Quelle place faisons-nous à leur façon de percevoir les choses, d’être au monde, à leurs chemins de vie, ce que leur milieu ou leur culture ont imprimé chez eux, souvent à leur insu ?
L’altérité se définit comme le fait de soutenir un lien à l’autre le reconnaissant comme à la fois semblable
et différent, et même un lien construit sur cette dualité.
Or on constate que dans notre quotidienne « modernité », ce lien de l’un à l’autre se trouve profondément redéfini par de nouvelles modalités de communication – numériques, instantanées, artificiellement intelligentes – qui induisent des logiques identitaires et communautaires séparatrices.

Dès son plus jeune âge, l’enfant fait l’objet d’une injonction à la performance individuelle et à une
autonomie rapide qui peut entraver ses processus de construction psychique et sa sécurité intérieure.
Plus tard, les adolescents ont à faire face aux (cyber)harcèlements, à la violence groupale, à la tyrannie du
culte de l’image. Ils sont tentés d’y répondre par le repli, l’isolement, la dépression.
En contrepoint, les différences individuelles ne cessent de s’affirmer : multiplication des modèles familiaux, évolution constante du rapport au corps et à la sexualité, désir de réalisation personnelle sans limite.

Nous sommes à la fois pris à témoin d’une souffrance grandissante et déstabilisés en tant qu’autres
supposés secourables. Cette place inconfortable nous oblige à inventer avec chaque enfant, sa famille,
mais aussi nos partenaires, un cheminement partagé, parfois loin de la technique et des protocoles.
Ces journées d’étude, organisées cette année à Vannes, seront une invitation à penser ce qui nous relie,
ce qui nous sépare, et ce qui, entre les deux, fait humanité.

Parions qu’au défi de la réplique – Toi-même !, le partage des pratiques renouvelées de nos lieux de soins
saura témoigner, au-delà des savoirs, de nos façons créatives d’être ensemble.


Les ateliers du Jeudi 24 septembre : Des Altérités

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde » – Edouard Glissant

Si nous avons pensé aborder cette question de l’altérité au pluriel, c’est pour ouvrir une réflexion autour des différentes formes d’altérité qui s’expriment dans nos CMPP. En effet, si l’altérité s’impose à nous, cette évidence nous oblige malgré tout à reconnaître une gamme de réactions qui va de sa négation à sa focalisation, de l’accueil à l’exclusion, de la crainte à la fascination… Lors de cette journée, nous ne tenterons donc pas seulement de comprendre comment appréhender ce concept, nous viserons aussi à illustrer comment l’altérité participe de la construction identitaire, comment les altérités se manifestent dans le langage, s’incarnent dans les corps. Il s’agira ainsi de penser les altérités, tant du côté de l’étranger (dans ses dimensions migratoires, d’exil, d’errance…), que du côté de l’étrangeté (de ce qui trouble l’ordre établi des corps, des liens…) mais aussi l’altérité comme énigme que représente la rencontre de l’autre, ou de ce qui est autre en nous, dérangement de nos certitudes et repères, ou encore dans la transformation de notre rapport à l’autre ( conséquence, dans l’actualité, de l’omniprésence du
virtuel et des nouvelles formes d’ “intelligence”).


Vendredi 25 septembre : Conflictualités constructives, complémentarités


Dans la pratique pluridisciplinaire en CMPP, l’altérité est omniprésente : dans les cultures professionnelles, le travail collaboratif, les représentations culturelles, les relations avec les enfants, leurs familles, ainsi que les interactions avec d’autres lieux de soins, partenaires scolaires (écoles PIAL, PAS…), médico-sociaux et de la protection de l’enfance. Se confronter à ces autres perspectives sur les enfants, leurs troubles et les soins peut être déstabilisant et inquiétant, suscitant parfois des réactions de rejet ou de repli. Mais il est aussi possible, avec un pas de côté, de transformer ces tensions en opportunités de partage d’expérience et de regards croisés afin de permettre un enrichissement mutuel. Quand nous parvenons à dépasser de la sorte nos silos professionnels, nous pouvons alors créer des partenariats institutionnels qui viennent incarner cette altérité sans pour autant abolir les identités individuelles. Cela prend du temps, nécessite de l’humilité et de la confiance, du travail ensemble, des formations partagées. Avancer de la sorte, même si cela est laborieux, permet de structurer des soins, de potentialiser les leviers thérapeutiques et in fine, de renforcer les réponses face aux situations complexes.
Cette conflictualité constructive ne permet-elle pas de s’ouvrir à la complexité d’une situation clinique, de l’éclairer sous plusieurs angles simultanément, dans une vision qui est parfois qualifiée d’intégrative ?